Bruno Galvin porte une attention soutenue aux propriétés de la matière et des éléments, eau et air en particulier, à leurs réactions imprévisibles, à leurs personnalités propres comme à leurs humeurs exigeantes et changeantes, traduisant aussi bien la terre et le feu, ajoutant aux quatre éléments des Grecs, un cinquième qui serait l’éther, le souffle, l’esprit ou l’âme, qu’importe le vocable, s’échappant en vagues ou en volutes, en larges brassements d’eau et de nuages, en coulées bleutées, en exacerbations jaunâtres ou en bouillonnements stupéfiés et qui, en définitive, pourrait s’appeler l’art.
Depuis des années, son thème de prédilection est bien l’eau qu’il décline à longueur de saison et selon les heures de la journée, le Léman aux brumes diaphanes et aux vapeurs colorées, les plages et les falaises du Nord, aussi bien qu’un bord de rivière, ample conjonction de la fluidité de l’onde et de la fixité de la berge, du mouvement et de la mesure, entre l’épanchement et la sérénité. Et dans cette union délicate et heurtée de l’eau et du rivage, du friselis et de la clarté, l’on perçoit l’impérieux besoin de dire la permanence et l’immanence, l’innocence des premiers matins du monde, voire l’agilité de l’air d’un éden malicieux.
Les couleurs et les formes, dans la mesure où l’on peut parler de forme, se heurtent au moment même où elles s’épousent dans la subtile union des éléments, de l’air et de l’eau.
S’installe ainsi un expressionnisme serein, débonnaire à l’instar du peintre, ample dans le geste, généreux dans le mouvement, invitation brillante de désir et de rêve ou innocente promesse de voyage.
André Depraz
Thonon-les-Bains 1995